dimanche 24 novembre 2013

Premiers pas au Laos


Nous sommes le 12 Novembre 2013, il est approximativement 11h et me voici sur les rives du Mékong, dans le district de Chiang Khong, au nord de la Thaïlande. Je n’en crois pas mes yeux, cette rivière boueuse juste en face de moi, c’est ce que les livres de géographie appellent Mékong...
Il me faut prendre un ferry pour le traverser et arriver à Huay Xai, au Laos.
Me voici embarqué avec une dizaine de camions qui vont sans doute approvisionner le nord du Laos en carburant. Le soleil gagne en intensité, il doit déjà faire 30°, les vapeurs et le bruit assourdissant du moteur annoncent le départ du ferry. La traversée n’est que de 300 mètres, mais il faudra tout de même une heure pour accoster… ça laisse le temps aux employés du bateau de « purifier » les véhicules avec les eaux de « la mère de tous les fleuves ».   




Je vous la joue courte mais une fois au Laos, il m’a fallu 2 heures pour avoir mon visa et être plus ou moins en règle pour circuler ici. Je dis plus ou moins car je n’ai pas souscrit d’assurance pour la moto. Signer un contrat dont les closes ne sont pas traduites en anglais… et dont l’assureur n’est pas capable de donner d’informations, j’ai déjà testé en Mongolie. Alors quand je peux m’en passer, je n’hésite pas ! (il en fut de même pour la Thaïlande et il en sera ainsi pour toute l'Asie je pense). Et puis, être en règle, c’est pour les gens ordinaires…

Il me faut perdre les habitudes que j’avais prises en Thaïlande car ici, ancienne Indochine oblige, on roule à droite !
L’asphalte est en bon état, les routes sont sinueuses et vallonnées, dans une nature ultra saturée. Je longe le Mékong durant plusieurs dizaines de kilomètres.
La première chose qui me frappe : il y a beaucoup moins de temple qu’en Thaïlande. Sérieux, en Thaïlande il y a autant de temples que de radars automatiques en France. On ne peut pas faire dix kilomètres sans être observé par Bouddha. C’est flippant à la fin, je n’ose même plus accélérer à fond de gaz en sortie de virage ! Enfin bon, plus que dieu, je crains surtout les cochons, les vaches et les chiens en sortie de virage. Parce que eux, rouler à gauche ou à droite ils s’en fiche pas mal !


La nuit commençant à tomber, il faudrait peut être que je m’inquiète de savoir où je vais dormir. Sur le bord de route j’aperçois trois hommes sévèrement accoudés à une table en bois.

Hello guys! …. Bon ok, je me serai douté qu’ils ne parlaient pas anglais ! Mais ça ne les a pas empêché de m’accueillir et de m’offrir à boire et à manger. Je découvre des gens simples et souriant. Mais la barrière de la langue freine un peu nos conversations. A la fin de la soirée, j’ai cru comprendre que l’un d’entre eux voulait m’offrir le gite pour la nuit, il m’accompagne sur son scooter pendant quelques kilomètres, mais ce n’était en faite que pour m’indiquer la route à suivre pour continuer mon chemin…. C’est gentil mais comme il n’y a qu’une seule route, je m’en serai douté ;)

Me voilà donc en pleine nuit au milieu de nulle part. Au premier village que je traverse, je m’arrête pour demander l’hospitalité. Et je fini par trouver quelqu’un qui accepte. Mais il est en faite le propriétaire d’une chambre d’hôtes. Pour 3 euros la nuit je ne refuse pas cette semi-charité ;). Dans un village perdu comme celui-ci, je doute que beaucoup de personnes aient dormi dans ce lit. Pourtant au réveil je n’ai pas l’impression d’avoir dormi seul, j’espère juste ne pas ramener trop de monde avec moi car ça me démange un peu partout !

dimanche 10 novembre 2013

Thaïlande



Et si on parlait un peu Thaïlande ? Parce que mine de rien, mine de nickel ça fait déjà un mois que j’y suis et je ne vous ai pas raconté grand-chose…


Et bien tout d’abord il a fallu que je récupère ma moto à l’aéroport.
Toute une organisation… 
Plusieurs options s’offrent à vous : vous pouvez payez un « agent », quelqu’un qui vous guide dans les démarches et dans l’aéroport. Il vous organisera également le transfert de la caisse avec votre moto en pièce dans une camionnette jusqu’à votre hôtel, votre case, votre carton sur le bord de la route...  histoire d'avoir le temps de tout remonter tranquillement.
Ok, pourquoi pas mais c’est quand même un peu simple tout ça ! Alors c’est parti. Il est 8h, et après une heure de « sky train » dans Bangkok, j’arrive à l’aéroport avec quelques outils et un bidon d’essence. 
Oui un bidon d’essence car mon réservoir est vide et si je veux repartir, valait mieux prévoir le coup…  Un premier bureau, puis un second, puis un troisième, puis faut revenir au premier… ah oui mais vous n’avez pas pris de ticket, alors il faut aller à l’autre bout du terminal pour remplir le formulaire et obtenir le laisser passer A38… je me croirai dans les 12 travaux d’Astérix. Je commence à perdre patience mais mieux vaut garder le sourire si l’on veut que les choses se passent au mieux. Ils ont ma moto en otage et je suis prêt à entreprendre les négociations !!
Donc après avoir visité tous les bureaux du terminal cargo de l’aéroport Suvarnabhumi, après avoir rempli de nombreux formulaires et payé la taxe d’importation qui s’élève à environs 30 euros, me voilà dans l’entrepôt où m’attend ma bien-aimée. Un trans-palette me dépose la caisse en plein milieu de l’entrepôt grouillant de monde… ok, c’est donc ici que je vais tout remonter… 
Il est 15h et j’ai enfin remis ma moto sur pieds, ou plutôt sur roues… et en parlant de roues, est ce que quelqu’un peut me prêter une pompe car mes pneus ont été dégonflés pour le transport ? 
Quoi, on est dans un aéroport et il n’y a rien pour gonfler les pneus… ok, là ça devient critique…

Hey dis moi, oui toi, Tony Jaa, sur ton trans-palette qui me nargue depuis tout à l’heure à faire des aller retours, tu peux pas m’aider à trouver une pompe, même une pompe à vélo, j’en ferai mon affaire comme Joey Starr. (pompe à vélo, Joey Starr… désolé ma culture est limitée). 
Bon ça y est il est 16h, les inspecteurs ont bien vérifié que ce que je viens de remonter c’est une moto (on ne sait jamais !), je peux enfin partir et aller manger un bout.
Premier coup de démarreur et Frida redémarre ! Frida, oui c’est son petit nom, depuis quatre mois qu’on est ensemble il fallait bien lui trouver un nom. Tous les guitaristes donnent des noms de femme à leur guitare. Alors pourquoi pas un motard avec sa moto. Et pourquoi Frida ? Écoute « ces gens là » de Jacques Brel et tu comprendras ! 
Allez c’est parti !! En route pour la Thaïlande ! …… ah oui merde on roule à gauche ici, je me disais bien qu’il y avait quelque chose de différent !





Donc après quelques jours à Bangkok, me voilà à Hua Hin, ville balnéaire au sud de la capitale.
Quelle déception à mon arrivée. Moi qui m’apprêtais à faire une session de kitesurf, la mer est dégueulasse et surtout il n’y a pas de vent… Bon je n’ai rien perdu puisque j’ai fais la rencontre de deux français avec qui j’ai passé des bonnes soirées. 
Ensuite, Kanchanaburi où se trouvent le pont de la rivière Kwaï, mais aussi de magnifiques cascades, sept exactement, avec une petite randonnée au milieu d’une nature luxuriante, des singes et des touristes russes.






Ayutthaya et Sukhothaï avec leurs ruines de temples classées au patrimoine de l’UNESCO valent quand même le détour.  















Mais le temple le plus vénéré du Nord de la Thaïlande est situé sur les hauteurs de Chiang Mai, le Doi Suthep est couvert d’or et est comme toujours dédié à notre ami Bouddha. Et en parlant de personnage vénéré, ici, il y en a un autre qui ne l’est pas moins que Bouddha.
Adulé, encensé, flagorné, vénéré, glorifié… je veux bien sûr parler du roi Bhumibol Adulyadej. Mais pour la faire simple on va l’appeler comme tout le monde Rama 9.
Son portrait est partout : dans les villes, sur les routes de campagne, à chaque entrée de village, dans chaque boutique, dans les voitures, dans les toilettes, au dessus du lit conjugal !
Les thaïlandais vont même jusqu’à porter une chemise ou t-shirt jaune tous les lundis car le lundi c’est le jour du roi et le jaune c’est sa couleur !
Rama 9 est à la Thaïlande ce que Johnny Hallyday est à la musique française… Et certains s’accordent même à dire que le jour de sa mort, une guerre civile éclatera pour savoir qui prendra sa succession… Donc si tu veux passer de bonnes vacances en Thaïlande, choisi bien la date de ton départ car à l’heure où je te parle, le bonhomme va bientôt fêter ses 86 ans.

Bref, pour revenir à ce temple, le Doi Suthep, c’est une merveille. Une fois monté ce gigantesque escalier aux rampes en forme de dragon, l’or brille de partout. Situé sur une montagne, le Doi Suthep domine tout Chiang Mai. Les visites de temples sont toujours l’occasion de discuter avec les moines, et ce jour là, un moine tient à me faire une prière de bénédiction et à m’offrir un bracelet porte bonheur. Un peu gêné et surtout étranger à ce type de coutumes, je fini par accepter. Et finalement ces pratiques ne sont pas si différentes de nos habitudes chrétiennes. Le moine marmonne une prière incompréhensible et l’on se prend de l’eau bénite sur la tête. Il faut être accroupi sur ses jambes la tête baissée, en prenant garde de ne pas pointer Bouddha avec ses pieds. Tout se passe intérieurement… Bref à ce moment je pense à pleins de choses, dont la réincarnation… ce concept est quand même assez dingue. Imagine toi être réincarné en papillon, voler au gré du vent… mais imagine que tu ais raté ta vie et qu’en plus tu te retrouve réincarné en cafard à sillonner les poubelles à la recherche d’un peu de bouffe…. Ça craint !






Bon, les temples bouddhistes c’est bien, mais il y a des trucs plus fun à faire en Thaïlande, comme je sais pas moi, aller voir un combat de Muay Thaï par exemple !

C’est parti le billet en poche, on m’installe à une table… quoi on regarde les combats assis autour d’une table ? Ok, la prochaine fois je chercherai des combats dans le fond d’une cave éclairée à la bougie.

8 combats, un « special fight » et le dernier combat se joue entre un thaï et un américain.

La cérémonie est ouverte par de jeunes prépubères avec un bandeau sur la tête qui exécutent la Ram Muay (danse rituelle avant le combat), c’est assez drôle à voir.

Le premier combat commence, deux crevettes épaisses comme une crêpe bretonne débarquent sur le ring et commencent à se frotter. Les coups avec les jambes pleuvent, mais la garde est un peu faible. Plus les combats s’enchaînent et plus le niveau augmente. Coups de genou dans les côtes, coups de pied à la tête, coup de poing dans le ventre… aïe ça commence à piquer !!

Le special fight arrive. Mais qu’est ce donc ?

Et bien mettez six adolescents avec des gants sur un ring, bandez leur les yeux et regardez ce qu’il se passe… 
il n’y a qu’en Asie que l’on peut voir ça !


Le dernier combat était assez impressionnant. Avec un écart de poids d’au moins 10kg, le thaïlandais n’a eu aucune chance de victoire.




Bon toute cette violence m’a donné envie de repos et de détente. Les kilomètres à moto ont eu raison de mon dos et je me dis qu’un massage serai sans doute approprié pour recadrer tout ça…. Grossière erreur !!

Il y a différents types de massages en Thaïlande. Tout d’abord les massages « sensuels » qui finissent souvent en happy ending. Parfais pour la détente.
Mais il y a celui que j’ai choisi, le traditionnel massage thaïlandais.
Je ne connais strictement rien aux massages thaïlandais, mais certains amis m’avaient mis en garde… 
Je rentre donc dans le salon, je dis juste que j’ai des douleurs au dos, la patronne me fait comprendre que j’ai frappé à la bonne porte et va chercher l’une de ses plus vieille masseuse, Mhua, qui m’accompagne à l’étage.
Je ne suis pas intimidé, elle fait au mieux 40 kilos pour 1m50.
Une fois ma tenue enfilé je m’allonge sur un tatami et confie mon dos à une parfaite inconnue pour une heure…
Alors comment vous dire, j’ai passé des heures dans des salles de sport, à pousser un peu de fonte, j’ai fais de nombreux treks, couru plusieurs semi marathons. La souffrance physique je connais, les courbatures, sentir tous ses muscles, ne plus pouvoir se trainer pendant plusieurs jours…
Mais là, Mhua, du haut de ses 50 ans, c’est le diable en personne, elle m’a presque fait pleurer.
Elle connait tous les muscles, et quand elle en tient un, elle ne le lâche plus, elle le décolle, le tortille, le broie et vous dit que c’est tout à fait normal. Sans parler des nombreuses torsions qui vous font craquer la colonne dans tous les sens… Bref au bout de dix minutes j’étais prêt à payer le double pour qu’elle me laisse partir, mais elle n’a pas cédé.
Une heure s’est écoulé, je ne sais plus comment je m’appelle, je ne sais plus où je suis, je crois que j’ai frôlé la mort !
Mais bon il parait que demain ça ira mieux….
Ça tombe bien car demain je franchi la frontière vers le Laos…



mercredi 6 novembre 2013

Un voyage, des voyages


Pourquoi choisit-on de partir, de tout quitter, de se retrouver seul à affronter un nouveau monde. 
Des pays dont ont ne saisi qu’une infime partie de la culture, des traditions, des modes de pensées. 
Qu’est ce qui doit rythmer le quotidien d’un voyageur ?

Depuis plusieurs jours à Bangkok, j’aperçois ces voyageurs, par wagon, dans le métro, dans la rue, le sac de randonné tout neuf sur le dos, des baskets et habits propres et bien repassés.
Une carte à la main, à la recherche d’un hôtel, d’un taxi pour les conduire, d’un restaurant, d’une grande surface. 
Que cherche t on en venant en Thaïlande ? 
En voyant ces quarantenaires, américains pour la plus part, en débardeur et tatouages imposants, au bras d’une jeune thaïlandaise au regard vide, je ne me pose même pas la question. Tout cela est tellement subjectif, on voyage tous pour différentes raisons. On adopte tous des rythmes différents, on a tous des centres d’intérêts différents.
Mais moi, que fais-je ici ?
J’ai choisi de tracer une ligne sur une carte du monde, et de m’y rendre de manière la plus autonome possible, par mes propres moyens, vierge de toute connaissance sur ces pays afin de me faire ma propre opinion.  
Alors tout n’est que surprise, bonne ou mauvaise. 
Mes objectifs en Thaïlande ? M’immerger dans une famille pour partager leur quotidien, profiter des eaux turquoise, d’une session de kitesurf, de randonnées, d’un cours de Muy Thaï, sillonner les campagnes au guidon de ma bécane, manger des choses improbables…Oui j’aime ce que je fais, mais des fois le moral n’est pas toujours au rendez vous.
J’encaisse sans doute le contre coup d’un isolement un peu trop poussé en Mongolie. Je n’étais peut être pas prêt à un tel changement de culture maintenant.



Bref il y a des jours plus durs que d’autres.
Dans chaque expérience de la vie, il y a du bon et du moins bon. On choisi souvent (afin de faire face), de se centrer sur le bon et d’occulter le moins bon. 
Mais quand on perd ses repères, quand on part, quand on s’ouvre au monde pour le découvrir tel qu’il est, on voit ces magnifiques églises orthodoxes, ces monastères qui brillent de mille feus et qu’on s’empresse de photographier pour en faire profiter ses amis. Mais l’on voit aussi ces sdf au coin de la rue une seringue à la main. 
Ces arnaqueurs en tout genre. Ces filles des sex-show, au ventre couvert de vergetures, qui pour une poignée de coupures sont prêtes à s’enfiler des turbans ou des balles de pingpong dans leur vagin pour nous distraire, nous touriste. Il y a également cette pollution qui vous prend les poumons, ces amputés qui se trainent dans la poussière et s’accrochent à votre jambe en vous suppliant de leur donner de quoi manger. 
Voyager seul, c’est une manière de se confronter au monde, mais aussi de se confronter à sois même.

Tout n’est pas que parti de plaisir, photos cartes postale et commentaires « trop beau ». 
Le monde a une face sombre également et parfois on se perd dedans…

mardi 15 octobre 2013

Oulan Bator est sous la neige ce matin. -3°C indique le thermomètre. A l'arrière d'un vieux bus, assis sur l'une de mes sacoches de moto, je me laisse guider sur des routes accidentées vers l'aéroport Gengis Khan.
Ma moto s'y trouve quelque part en caisse dans un entrepôt et je n'aurai même pas l'occasion de l'approcher. Elle prendra un autre vol et me rejoindra dans trois jours.
Délivrance du billet, enregistrement des bagages, contrôle du passeport. Chaque changement de pays n'est qu'une succession de démarches laborieuses où les sourires ont tous pris la fuite.
Ces gens chargés de la sécurité de leur pays n'ont au fond du regard que le côté pervers du voyageur. Il ne faut donc pas s'attendre à une partie de plaisir.
Quelques voyageurs occidentaux comme moi font tâche au milieu de ces visages ronds au nez plat.


Une page de mon voyage est en train de se tourner.

Aujourd'hui ça fait trois mois que j'ai tout lâché de mon ancienne vie. Trois mois que je n'ai que la route pour domicile. 
16 pays traversés, 22 000kms parcourus, 4 vidanges moteur, deux filtres à huile, 4 bougies, 1 joint pour robinet, 1 axe pour le compteur, 0 crevaison...
Je me suis fait héberger, inviter à manger, dépanner pour ma moto... En Suisse, en Albanie, en Grèce, en Bosnie-Herzégovine, en Roumanie, en Russie ou bien encore en Mongolie.
De la démocratie au communisme, de l'Islam au shamanisme. Des peuples en crise financière, des peuples en sortie de guerre. Des vendeurs de pommes de terre sur les bord de route de la Sibérie au trader suisse...
Ma rétine a imprimé tant de contraste...

"ta tête connaît à peine tes jambes qui souvent ne comprennent pas tes bras comment ça marche encore déjà..." [Noir Désir, L'Europe, Des visages des figures]


Aujourd'hui j'arrive à Bangkok.



Traversée de la Mongolie


samedi 12 octobre 2013

Mongolie, 2ème partie

24 septembre 2013 :


Je m'élance innocemment d'Oulan Bator en direction du sud. Ignorant tout de ce pays, je pars comme à chaque fois l’œil vif et le palpitant au cœur. Une carte des destinations touristiques en poche et mon GPS programmé pour une première étape à la roche mère Eej Khad. Je parcours mes premiers kilomètres sous un ciel dégagé et sur une route presque trop parfaite. Mais rapidement mon GPS me fait prendre de minuscules sentiers au milieu des steppes. Rien à perte de vue, une ou deux ghers se fondent dans le décors.
Faux départ après 4h à crapahuter ces sentiers, je prends conscience que je n'ai pas enregistré les bonnes données dans mon GPS. Je rebrousse donc chemin avant de demander confirmation à un paysan qui rentre son troupeau de moutons.
A la nuit tombante j'installe mon campement à seulement 50kms d'Oulan Bator. Nuit glaciale, un givre épais recouvre la moto et ma tente. La condensation de ma respiration  vient également se givrer sur la paroi interne de ma tente. 
Une fois le soleil levé, les températures remontent rapidement mais j’apprécie déjà mes nouveaux manchons en peau de mouton que je me suis confectionné la veille.
Direction donc le sud, le désert de Gobi n'est qu'à 600kms, fini pour de bon l'asphalte... La route n'est au mieux qu'un tracé poussiéreux  sur de la tôle ondulée, au pire une succession de virages sur de grosses pierres aiguisées. 
Il devient de plus en plus difficile à maitriser la moto. Après quelques glissades où je peine à relever la moto et son chargement, une chute plus violente dans le sable m'éjecte de la moto.
Mon tibia gauche est en sang, la moto n'a rien, juste une sacoche qui est enfoncée et peine à s'ouvrir et se fermer correctement. Pas bien gênant mais s'il pleut tout sera trempé car il y a un jour d'un centimètre entre la boîte et son couvercle.

Mandagolvi, première "ville" depuis que j'ai laissé Oulan Bator. Je fais le plein d'essence (du sans plomb 92, je ne trouverai au mieux que ça maintenant), et de provisions en eau et nourriture.
A peine le temps de montrer ma sacoche à un garagiste qu'il me sort une presse et me la remet presque à l'identique. 
Rapidement je me retrouve entouré d'une dizaine de curieux qui sont fascinés par ma moto. Il faut dire qu'ici tout le monde est motard. Sur de vieilles motos russes ou de récentes 150cc chinoises, hommes, femmes, enfants et animaux sont transportés au milieu des steppes sur ces deux roues. Et puis faut avouer que c'est bien pratique un deux roues pour ramener le troupeau de moutons, chevaux ou yacks le soir.
Deux chauffeurs de bus m'invitent à boire un verre, puis on mange ensemble, puis il faut finir la bouteille de vodka mongole maintenant, sinon comment on test l'étranger ?
On communique difficilement mais je passe une bonne soirée avec ces charmants personnages aux yeux tirés, aux traits marqués et à la voix rauque dont aucune voyelle n'en sort.
Je finis ma nuit dans un pièce de l'arrière boutique d'un garage où quatre lits sont entassés. Et c'est dans des relents d'alcool et de lourds ronflements que je trouve rapidement le sommeil.



Sous le poids des nombreuses inscriptions qui ornent mon casque, mes cheveux me font mal ce matin...
Le désert n'est plus qu'à quelques pas, j'aperçois les premiers chameaux.



Je passe presque deux semaines dans ce désert. Dont cinq jours en totale autarcie. Avec du café, des biscuits, du nutella, du riz, des nouilles chinoises et de l'eau pour provision. Ma moto et cette nature époustouflante pour compagnie. Des nuits à regarder les étoile depuis mon duvet bien fermé. Les sept tengri sont étincelantes ce soir (la grande ours). Une légende mongole raconte que sept cavaliers géants (tengri) se battaient avec des armes de feu sur leurs montures aillées. Une divinité, lassée de leur querelle, les exila dans le ciel où on les voit briller depuis.
Bercé par quelques contes mongoles, répertoriés dans un livre que j'ai avec moi, je trouve le sommeil dans une nuit qui s'annoncent de nouveau glaciale.
D'un coup un bruit, je me réveille, il est 2h et non je ne rêve pas, se sont bien des loups qui hurlent sur la colline juste au dessus de moi... J'avoue qu'il est nettement plus paisible de se faire réveiller au petit matin par le souffle chaud d'un troupeau de chevaux en ballade.

D'abruptes reliefs viennent ponctuer ce décors sablonneux à perte de vue. On y croise ça et là un troupeau de chameaux, des gerboises qui pointent le bout de leur nez, de grosses sauterelles, un après midi un troupeau de gazelles a même déboulé devant mon nez.
La végétation semble peu diversifiée et pourtant je me laisse surprendre par des odeurs poivrées et mentholées. 
J'ai retenu la leçon de Christopher McCandless, je ne vais pas me risquer à goûter ces plantes. D'ailleurs je prends conscience et me laisse par moment envahir par une montée d'angoisse quand je réalise que je suis seul au milieu de nul part. Le premier chemin est à environs 20kms, ce chemin est à environs 60kms d'un village, qui se trouve à plus de 100kms d'une ville... Bref il me faudrait marcher plusieurs heures avant de croiser quelqu'un. Tout soucis mécanique ou de santé peut vraiment gâcher cette aventure.
Pourtant je ressens le besoin de faire ça. Ce lieu m'inspire l'isolement et le détachement total d'un mode de vie traditionnel.
Cinq jours ont suffit  à calmer en moi cette soif d'aventure extrême. J'ai faim, je suis fatigué et il me reste encore deux jours avant de rejoindre Arvayheer (ville au nord de Gobi, à l'est de l'Altaï).
Je maitrise de mieux en mieux la moto sur ces terrains sablonneux et y éprouve un rel plaisir. Je me réjouis de pourchasser un troupeau de mouton en me disant : si tu ne cours pas assez vite, tu finiras comme mes manchons... 
Malheureux est un végétarien ici, tout repas se compose d'un aliment blanc (à base de lait) et la viande de mouton bouillie y est généreusement servie.
Dans les villages où je m'arrête faire le plein (du sans plomb 80 par moment), je prends pour habitude de m'arrêter manger au "restaurant". Dans quatre murs préfabriqués, trois tables crasseuses dans une minuscule pièce donnant sur une cuisine douteuse où les marmites sont noircies par le feu. 
Les femmes mongole sont actives et efficaces. Pour l'équivalent de 2 euros je repars le ventre plein et souvent une nouvelle signature sur mon casque ou ma moto.





En remontant vers les steppes, je croise de plus en plus de ghers. Il n'est pas rare non plus de croiser un mongole en tenue traditionnelle sur son cheval ou sa moto en train de surveiller son troupeau de bétail. C'est souvent l'occasion pour moi de m'arrêter pour passer un moment à contempler nos montures et partager quelques biscuits au milieu du troupeau.







Il est temps pour moi de remonter sur Oulan Bator, dans quelques jours je pars pour Bangkok et j'ai une moto à mettre en boîte !!












Les trois hommes que vous voyez, sont là pour faire contre poids car la caisse est un peu lourde... 338kg quand même !!! (On a pas du bon matériel en Mongolie, mais on a des idées...).
Il m'aura fallu quand même deux jours pour confectionner la boîte et remplir toute la paperasse dans différents guichets.
Si tout se passe bien, je la récupère début de semaine prochaine à Bangkok. Je m'amuserai à tout remonter !

13 octobre 2013 :

Au revoir la Mongolie, c'est parti pour la Thaïlande !